En Israël, émotion et larmes aux funérailles de la famille Bibas
"Shiri, je vous demande pardon pour ne pas avoir pu vous protéger tous", a dit Yarden Bibas, la voix brisée, aux funérailles de son épouse Shiri et de leurs deux garçonnets tués en captivité à Gaza, mercredi dans un cimetière près du kibboutz Nir Oz.
Yarden Bibas, enlevé en même temps que Shiri, Ariel et Kfir, dans ce kibboutz du sud d'Israël lors de l'attaque du Hamas le 7 octobre 2023, mais retenu en otage séparément et libéré le 1er février à la faveur de la trêve, a eu des mots très forts pour son épouse et ses enfants.
Plusieurs centaines de personnes étaient rassemblées dans le petit cimetière de Zohar, près du kibboutz Nir Oz, pour une cérémonie fermée au public mais dont la famille Bibas avait accepté que soient retransmis les discours funèbres.
- "Ils ont préféré la vengeance" -
La famille a demandé à tous les responsables israéliens d'assumer la responsabilité de la mort de leurs proches tués en captivité. "Ils auraient pu vous sauver mais ont préféré la vengeance", a lancé Ofri Bibas, la soeur de Yarden.
Les dépouilles de Shiri Bibas, de Kfir et d'Ariel, âgés de huit mois et demi et de quatre ans au moment de leur enlèvement, ont été restituées à Israël la semaine dernière par le Hamas, dans le cadre du cessez-le-feu à Gaza en vigueur depuis le 19 janvier.
La famille Bibas est devenue le symbole de la tragédie des otages en Israël. L'annonce de la restitution de leurs dépouilles avait suscité l'émotion en Israël, mais aussi à l'étranger.
Avant le début des funérailles, des dizaines de milliers de personnes s'étaient rassemblées le long des routes, pour saluer le passage du cortège funéraire. Ils étaient nombreux à agiter des drapeaux israéliens, des drapeaux jaunes, couleur devenue le symbole de la solidarité avec les otages, et des ballons orange, symbole des deux garçonnets aux cheveux roux.
Au départ du cortège de véhicules noirs à Rishon Letzion, une ville au sud de Tel-Aviv où les dépouilles avaient été autopsiées, la foule a entonné à mi-voix l'hymne national israélien, brisant le silence pesant, a rapporté une journaliste de l'AFP.
"C'est un des moments les plus durs depuis le 7 octobre", a dit, au bord des larmes, un commentateur de la 12, chaîne de télévision israélienne qui retransmettait la procession en direct.
Le cortège a ensuite parcouru près d'une centaine de kilomètres jusqu'au cimetière.
"Quand je pense au 7 octobre", a dit à l'AFP Aviv Nahman, un habitant de Rishon Letzion, "c'est à cette famille que je pense en premier (...) Et malheureusement, ils sont revenus, mais pas vivants".
- "Tellement malade" -
"Je pense que si je m'arrête pour y penser plus d'une fraction de seconde, je me sens tellement malade, tellement malade", a déclaré à l'AFP Simi Polonasky, 38 ans, qui a fait le voyage depuis Miami, dans le sud-est des Etats-Unis, pour soutenir les familles d'otages.
"Ce n'est pas une situation normale (...) vous vous sentez tellement brisé que c'est presque difficile de continuer", a-t-elle dit à l'AFP à Rishon Letzion, en fondant en larmes.
Des dizaines de personnes ont allumé des bougies au bord de la route.
"Nous sommes ici pour serrer les gens dans nos bras, pour être renforcés et pour donner autant de force que possible", a confié Mottel Gestetner, 41 ans, venu d'Australie.
Sur les 251 otages enlevés ce jour-là en Israël, 62 sont toujours retenus à Gaza, dont 35 sont morts, selon l'armée israélienne.
P.Schubert--BlnAP